Billet d’Humeur #1 : Maltraitances Gynécologiques

Lien de mon documentaire co-réalisé avec Océane Viala      :   Corps Médical 

Je voudrais écrire à toutes ces femmes qui me lisent, et aux prochaines qui me liront. À ma soeur, ma mère, les femmes de ma famille et celles qui m’entourent.

En février, j’ai assisté à une conférence sur la Lutte contre les violences obstétricales.

J’en suis ressortie bouleversée. Étant déjà consciente que la place de la femme au sein de la société et dans le monde aujourd’hui était compliquée, malgré tout le chemin parcouru jusqu’à présent, je me suis rendue compte qu’il y avait encore énormément de chemin à faire. Notamment dans le milieu médical. Je pense que c’est un pas important à franchir. Le jour où nous aurons notre place en tant que personne dans la manière dont nous sommes traitées, notamment dans le milieu médical, nous aurons fait un grand pas en avant. Cela voudra dire que nous aurons évolué au-delà de la société, au sein de la science.

Alors qu’est-ce que les violences gynécologiques / obstétricales ? Je vais essayer d’y répondre au mieux puisqu’il n y a pas de définition universelle. C’est un concept qui existe bien, mais qui n’est pour le moment pas clairement défini. 

« Ensemble d’actes, de paroles et d’attitudes au cours d’un suivi en gynécologie, au cours d’un suivi en grossesse, pendant l’accouchement et en suite de couche. Ces actes, paroles et attitudes vont porter atteinte à l’intégrité physique et/ou mentale d’une femme de façon plus ou moins sévère. Ce sont des faits de maltraitances qui peuvent être isolés ou répétés, qui sont plus ou moins graves et qui sont toujours délétères. »

Exemple : déni de la douleur, acte fait sans le consentement, discrimination, jugement, acte fait à vif sans anesthésie etc.

Cette conférence m’a beaucoup appris. J’y suis allée car je suis en 3ème et dernière année de journalisme à 3is, et, notre projet de fin d’année est la réalisation d’un documentaire. Avec ma camarade Océane, on a décidé de l’articuler autour des violences gynécologiques justement. (Donc la conférence tombait à pique !) Ce sera un documentaire de 26 minutes, qui j’espère nous permettra de faire notre entrée dans le monde journalistique, et dans le monde tout simplement. De pouvoir faire passer un message d’abord aux femmes, pour leur faire entendre et comprendre leurs droits : le droit à la parole, droit à disposer de leur corps comme elles le souhaitent et de comprendre qu’elles ont le choix ; que c’est à elles de décider ce qu’elles veulent ou pas, ce qu’on leur fait ou ne leur fait pas. Aujourd’hui on n’a pas cette éducation. On n’apprend pas naturellement qu’on est maître de notre corps, qu’il nous appartient.

En bas de l’article, retrouvez en photo, le livret de la Fondation des Femmes qui vous explique vos droits.

Il me semble important que cet apprentissage soit fait dès le plus jeune âge, dès les premiers cours d’SVT par exemple. Il y a beaucoup trop de croyances qui sont ancrées et véhiculées, dans le mauvais sens. Justement, le mot « croyance » est important puisqu’il signifie : tenir pour vrai ce dont on n’est pas sûr qu’il est vrai. (définition philosophique). La science évolue toujours en fonction des époques et de la société. Je vais reprendre un des discours prononcés à la conférence par Coline Gineste, doctorante en philosophie, qui a écrit son mémoire sur l’Impact du sexisme dans la qualité des soins en gynécologie. Elle a cherché à comprendre comment les actes médicaux pouvaient être biaisés par des considérations culturelles de genre. Pour ça il faut comprendre comment le savoir médical, gynécologique et obstétrical a pu se construire par un prisme sexiste. Je vais essayer de faire court et de centrer, je voudrais m’appuyer sur un point important qu’elle a abordé qui est :

 » Il faut pouvoir se défaire de la croyance selon laquelle la médecine serait le relais sur Terre d’une science absolue et absolument objective. Pour comprendre ça, il faut prendre en compte le lien entre le savoir et le pouvoir. C’est à dire celui ou celle qui sait, peut. (…) Lorsqu’on comprend ce lien, on comprend l’intérêt pour le pouvoir à favoriser les discours qui le consolident, qui maintiennent l’ordre social. (…) Ca passe par ce qu’on appelle le « processus de véridiction » ou « technique de vérité », ca ne passe pas par des mensonges d’État (…) mais par des choses beaucoup plus subtiles comme la hierarchisation des discours, non pas en fonction de leur validité, mais en fonction de leur intérêt pour l’ordre établi. (…) Cela passe par des prix scientifiques etc. »

Elle prend l’exemple de Severin Icare, pédiatre francais en 1890, qui se penche sur le fait que les femmes à cette époque sont plus durement jugées sur les crimes qu’elles commettent. Seulement, il pense que c’est injuste et considère qu’une femme ne peut pas être malfaisante. Il conclut dans son livre La femme pendant les périodes menstruelles, que les menstruations peuvent rendre les femmes folles, et seraient donc une circonstance atténuante lorsqu’elles commettent un délit ou un crime. De ce texte découle qu’on ne peut pas faire confiance aux femmes, et qu’elles n’ont pas leur place dans l’espace public, puisque « comment pourrait-on faire confiance à des personnes qui une semaine par mois risqueraient de brûler leur maison ? » Ce pédiatre a reçu beaucoup de prix, et a été  beaucoup publié partout en Europe. Ce retentissement a été tel, qu’en 1984 le Royaume-Uni décrète que les menstruations peuvent être une circonstance atténuante dans certains délits mineurs comme le vol. Et pourtant, Leta Stetter Hollingworth, chercheuse américaine en psychologie du début du 20ème siècle, a établi après plusieurs études qu’il n’y avait aucune cause  à effet entre les menstruations et le désequilibre psychique. Mais ses études sont difficiles à trouver, et ses rapports n’ont connu aucune reconnaissance. Coline Gineste assure que ceci est pour exemple un processus de veridiction.

D’autre part, pour continuer et finir sur les croyances qui sont perpétuées, et ce dès le plus jeune âge, on se rend compte dans les discours, que même l’apprentissage de la procréation est biaisé. On a longtemps associé aux gamètes mâles et femelles des rôles genrés, on les a humanisé. Pour exemple, le spermatozoïde est toujours le pénétrateur, le conquérant, celui qui fait la course pour aller féconder l’ovule, qui, elle, attend patiemment, telle une princesse en haut de sa tour, que le bon spermatozoïde vienne la pénétrer. On découvre après des études en 1984 puis en 1987, que les deux gamètes jouent un rôle décisif dans la procréation.

En conclusion, je suis effarée de voir à quel point le sexisme impacte nos comportements, au delà de notre vie sociale. Effarée de voir les souffrances et la violence qui en découlent seulement à cause d’une histoire de sexe (partie génitale ici), et d’abus de pouvoir du sexe sur un autre. Alors que nous sommes tous fondamentalement les mêmes. Comment peut-on concevoir qu’une femme au moment d’accoucher, lorsqu’elle donne la vie, et pérennise la descendance de l’Homme puisse vivre des maltraitances ? C’est le cas de trop nombreuses femmes aujourd’hui. Il est donc important de libérer la parole et d’instruire autant les femmes que les hommes à ce sujet.

 

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