Vendredi 8 heures et quart

6h45. Mon réveil sonne. J’ouvre difficilement un oeil, puis l’autre, attrape mon téléphone et le mets sur snooze.

6h53. Mon réveil sonne à nouveau. J’attrape machinalement mon téléphone alors que mes yeux peine à s’ouvrir. La lumière du jour traversant la fenêtre accolée à mon lit m’aide à me réveiller. J’éteins mon réveil et je vérifie mes notifications. Un message de mon mec, un gif envoyé par ma mère, deux, trois likes sur Instagram. Je scroll et commence ma journée par regarder celles des autres. Une story Instagram, deux story Instagram, trois story Instagram…

7h10. Je vais être en retard. J’ai encore trop traîner sur mon téléphone et je râle pour la énième fois et me promets de me distancer de cet outil qui prends beaucoup trop de place dans ma vie.

7h13. Je vais encore devoir courir si je ne me dépêche pas. Je regarde mon armoire. Je n’ai rien à me mettre. Rectification, j’ai plein de choses mais je déteste ce temps printaniers et donc je n’ai rien à me mettre. J’ai froid. Je veux mettre un pull mais dans ce cas, lorsque je sortirai du boulot ce soir, je serai en nage parce qu’il fera trop chaud.

7h20. J’enfile mon gilet jaune. Un vrai gilet jaune Lacoste que mon père m’a donné. Je suis habillé en rose et jaune et je me félicite car ces couleurs me donnent bonne humeur. J’ai envie de me maquiller ce matin et de rajouter quelques paillettes sur mon visage.

7h30. Je me regarde dans le miroir. Ajuste mon chouchou sur la tête. J’ai l’air d’un bonbon des années 80 et je ne suis pas peu fière de ma tenue. C’est la même que je portais au concert de Drake mais cette fois-ci j’enfile mes puma jaune et rose de la collection de Rihanna et je suis ravie car j’attendais impatiemment les beaux jours pour les mettre. Me voilà 5 centimètres plus grande et toute en couleur.

7h40. J’engloutis mon petit déjeuner en 10min mais contente d’avoir enfin le temps de manger le matin avant de partir.

7h58. Le bus est là. Une jeune fille que je crois souvent à cet arrêt me sourie. On ne se parle jamais mais il y a ce code de gentillesse entre nous.

8h00. Le garçon assis près de moi rigole. Beaucoup. Ça me dérange. Je n’aime pas le bruit le matin et malgré le fait que je suis sur mon téléphone, je sens son regard appuyé. Il est en FaceTime avec un autre garçon et je vois qu’il tourne son téléphone vers moi. Je crois qu’il se moque de moi. Ça m’irrite mais il sort à l’arrêt suivant.

8h08. Je sors du bus. Je vais pour me diriger vers le quai de la gare. Je n’aime pas ma gare aux heures de pointes. Il y a les élèves du lycée d’à côté qui sont là et je n’aime pas leurs attitudes. Je crois que je n’ai, de toute façon, jamais aimé les collégiens ni les lycéens. Même encore aujourd’hui, les croiser m’intimide car je sais à quel point ils peuvent juger.

8h09. Un groupe de garçon en jogging est assis sur un banc. Je les entends rigoler derrière mon dos alors que je passe près d’eux. Ils m’interpellent. Je me crispe et tente de ne pas les écouter. Ils m’insultent et dénigrent ma coiffure et ma tenue. Je choisis de ne pas me retourner car je sais qu’ils ne pourront jamais être raisonné et je suis seule et ils sont 5.

8h10. J’arrive presque au niveau du quai. J’entends qu’un des garçons s’est levé et interpellent quelqu’un. Je comprends que la fille du bus a dit quelque chose. Ça ne lui a pas plus. Je retourne sur mes pas. Je m’interpose entre les deux et demande au garçon de partir. Je regarde la jeune fille, qui a les yeux écarquillés, je comprends qu’elle a eu un pic d’adrénaline comme moi. Je le remercie et lui dit que malheureusement, ne rien dire était la meilleure chose à faire.

8h25. Je suis dans le train. Je rumine. Je suis frustrée et en colère. Pourquoi n’ai-je rien dit ? Je sais au fond de moi pourquoi et cela m’énerve d’autant plus. J’AI EU PEUR. Une fille seule contre 5 garçons. L’ironie de la situation me fait sourire et m’attriste. Un groupe de mecs en jogging venait de me juger sur ma tenue. L’hôpital qui se fout de la charité.

8h35. Je change de train. Les gens me regardent. Je commence à me remettre en question. Pourquoi m’habille-je comme ça ?

8h45. J’arrive à destination et je croise plusieurs personnes de mon âge avec un style qui leur est propre. Ma confiance en moi revient doucement. Je marche d’un pas décidé. Ma tenue et mon style sont super. Ils font de moi qui je suis.

9h55. Je badge et je prends l’ascenseur avec une collègue qui me complimente sur ma tenue. Je la remercie. Du fond du coeur.

3 commentaires sur « Vendredi 8 heures et quart »

  1. La tristesse de la vie quotidienne en France. À Amsterdam lors de mon dernier voyage, nous avons croisé une fille en soutien-gorge et culotte taille haute avec une robe en résille par dessus. Vraiment stylée. Ça ne gênait personne. Dingue de se faire juger par des gens qui n’ont eux-mêmes aucuns styles 😉

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  2. Très bien écrit et, malheureusement, reflète bien la réalité… Cela fait un peu moins d’un an que j’ai commencé à vraiment m’assumer niveau mode. Avant je n’osais pas trop, peur qu’on me juge. Puis j’ai compris que quoi qu’on fasse, il y aura toujours un con ou une conne (évidemment hum) pour critiquer alors je passe au-dessus. Il y a quelques mois mes colocs ont donc remarqué cette différence et ils ont kiffé, ils m’ont même dit vouloir s’en inspirer. Donc il faut continuer à s’affirmer, encore plus en 2019, en temps que femme, en temps que passionnée de mode.

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